PISA 2025 : en France, un adolescent sur trois est désormais en difficulté en lecture

PISA 2025 : en France, un adolescent sur trois est désormais en difficulté en lecture

Les nouveaux résultats de l’enquête PISA révèlent une nouvelle baisse des performances des adolescents français en compréhension de l’écrit et en mathématiques. La France reste pourtant proche de la moyenne des pays de l’OCDE. Comment comprendre cet apparent paradoxe, que signifie réellement être « en difficulté » à 15 ans et pourquoi la situation des garçons mérite-t-elle une attention particulière ?

À 15 ans, un élève français sur trois ne possède pas le niveau minimal attendu en compréhension de l’écrit. Chez les garçons, cette proportion approche même quatre adolescents sur dix.

Ces chiffres, publiés le 8 septembre 2026 par l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’OCDE, dans le cadre de l’enquête PISA 2025, sont particulièrement préoccupants. Ils ne signifient pourtant pas que la France serait soudain devenue « la dernière de la classe », comme pourraient le laisser croire certains raccourcis.

Les résultats français restent proches de la moyenne des pays de l’OCDE en lecture, en mathématiques et en sciences. Le véritable problème se trouve ailleurs : les performances continuent de diminuer, la proportion d’adolescents ne maîtrisant pas suffisamment les compétences fondamentales augmente et les écarts entre certains groupes d’élèves demeurent considérables.

Autrement dit, la place de la France dans le classement international ne raconte qu’une partie de l’histoire. Ce qui mérite réellement notre attention, c’est la trajectoire suivie depuis plusieurs années.

PISA 2025 : les principaux résultats de la France

En 2025, les adolescents français obtiennent :

  • 456 points en compréhension de l’écrit, contre 461 points en moyenne dans les pays de l’OCDE ;

  • 458 points en mathématiques, contre une moyenne de 463 points dans l’OCDE ;

  • 483 points en sciences, contre 482 points pour l’OCDE ;

  • 497 points en résolution de problèmes informatiques, pour une moyenne de 500 points dans l’OCDE.

La France se situe donc, dans les quatre domaines, à proximité de la moyenne internationale. Cette photographie ne doit cependant pas masquer l’évolution récente.

Entre 2022 et 2025, le score français diminue de 18 points en compréhension de l’écrit et de 16 points en mathématiques. Le résultat en sciences reste, quant à lui, relativement stable sur cette période, avec une baisse de quatre points qui n’est pas considérée comme statistiquement significative par l’OCDE.

L’organisation souligne malgré tout que les résultats observés en 2025 font partie des plus faibles jamais mesurés en France dans les trois disciplines principales. Ils sont aussi significativement inférieurs à ceux enregistrés dix ans plus tôt, lors de l’enquête PISA 2015.

Depuis 2015, la part des élèves situés sous le niveau minimal de compétence a augmenté de 12 points en mathématiques, de 11 points en lecture et de quatre points en sciences. La baisse ne concerne donc plus seulement la moyenne générale : elle se traduit par un nombre croissant d’adolescents rencontrant des difficultés face à des tâches considérées comme essentielles.

Que mesure réellement l’enquête PISA ?

PISA signifie « Programme international pour le suivi des acquis des élèves ». L’enquête est organisée tous les trois ans par l’OCDE afin d’évaluer les connaissances, les compétences et certaines attitudes des jeunes âgés de 15 ans.

L’objectif n’est pas de vérifier s’ils connaissent précisément le programme scolaire de leur pays ni de leur faire passer une sorte de brevet international. PISA cherche plutôt à déterminer dans quelle mesure les adolescents sont capables de mobiliser leurs connaissances dans des situations concrètes, de raisonner, de comprendre une information et de résoudre un problème.

Plus de 760 000 adolescents, représentant environ 33 millions de jeunes de 15 ans, ont participé à l’édition 2025 dans 91 pays et économies. En France, l’échantillon comprenait 6 501 élèves scolarisés dans 289 établissements, représentant environ 768 200 adolescents. Selon l’OCDE, les données françaises ont respecté les standards de qualité nécessaires à leur publication.

Chaque participant a passé une évaluation d’environ deux heures portant sur deux domaines. Les exercices combinaient des questions à choix multiple et des réponses à construire. Les élèves ont également rempli un questionnaire sur leur situation, leur rapport aux apprentissages, leur environnement familial et leur vie scolaire. Les chefs d’établissement ont, de leur côté, répondu à des questions sur l’organisation et les conditions d’enseignement.

Les sciences constituaient le domaine principal de PISA 2025. La lecture et les mathématiques étaient évaluées comme domaines secondaires. Cette édition comportait également une évaluation consacrée à la résolution de problèmes dans un environnement informatique et, dans certains pays dont la France, une évaluation facultative de l’anglais dont les résultats seront publiés ultérieurement.

En lecture, 33 % des adolescents français se situent sous le niveau minimal

En compréhension de l’écrit, 67 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2 de l’échelle PISA. Cela signifie donc que 33 % restent en dessous de ce seuil, contre 31 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Le niveau 2 correspond au seuil à partir duquel un adolescent est notamment capable d’identifier l’idée principale d’un texte de longueur moyenne, de retrouver une information en suivant des critères explicites mais parfois complexes et de réfléchir à la forme ou à l’objectif d’un texte lorsqu’il est guidé dans cette démarche.

Être situé sous ce niveau ne signifie pas nécessairement ne pas savoir déchiffrer des mots ou être totalement incapable de lire. La compréhension de l’écrit va bien au-delà du déchiffrage. Elle suppose de pouvoir sélectionner une information, comprendre la logique d’un texte, relier plusieurs éléments, distinguer l’essentiel de l’accessoire et parfois évaluer la fiabilité ou l’intention d’une source.

Ces compétences sont sollicitées dans toutes les matières scolaires, mais aussi dans la vie quotidienne : comprendre une consigne, interpréter un document administratif, comparer plusieurs informations, utiliser un mode d’emploi ou porter un regard critique sur un contenu diffusé en ligne.

La progression du nombre d’élèves en difficulté est particulièrement importante. Ils représentaient environ 27 % des adolescents français en 2022 et près de 15 % lors de la première enquête PISA, en 2000. Même si les conditions d’évaluation, les générations et les environnements de lecture ont évolué, cette trajectoire de long terme ne peut pas être ignorée.

À l’autre extrémité, seuls 5 % des élèves français atteignent au moins le niveau 5 en lecture, contre 6 % dans l’OCDE. Ces élèves sont capables de comprendre des textes longs, de traiter des idées abstraites ou contre-intuitives et de distinguer les faits des opinions à partir d’indices parfois implicites.

La difficulté française n’est donc pas seulement liée à l’augmentation du nombre d’élèves les plus fragiles. La proportion de lecteurs très performants reste également limitée.

Pourquoi la situation des garçons est-elle particulièrement préoccupante ?

La moyenne générale cache une différence importante entre les filles et les garçons. En France, 39 % des garçons se situent sous le niveau minimal de compétence en lecture, contre 26 % des filles.

Le score des garçons en compréhension de l’écrit a par ailleurs chuté de 23 points entre 2022 et 2025, tandis que celui des filles a diminué de 11 points. Les deux groupes sont donc concernés par la baisse, mais celle-ci est nettement plus prononcée chez les garçons.

Cette différence ne signifie évidemment pas que les garçons seraient naturellement moins doués pour la lecture. Les performances scolaires se construisent à partir d’une multitude de facteurs : le rapport aux livres, les habitudes culturelles, les attentes sociales, la motivation, les supports proposés, la maîtrise du langage, la confiance en soi, l’attention, l’identification aux personnages ou encore le sentiment que la lecture peut avoir une utilité ou procurer du plaisir.

Certains garçons peuvent également être davantage orientés vers des loisirs dans lesquels la lecture existe, mais demeure peu reconnue comme telle : jeux vidéo, documentaires, bandes dessinées, mangas, recherches sur Internet, contenus techniques ou univers spécialisés. Ces pratiques ne remplacent pas automatiquement la lecture longue et soutenue, mais elles peuvent constituer des points d’entrée intéressants.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer les filles aux garçons ni d’imposer une liste uniforme de « bons livres ». Il consiste à comprendre pourquoi une part croissante des adolescents, et particulièrement des garçons, se détourne de certaines formes de lecture ou ne développe pas suffisamment les stratégies nécessaires pour comprendre des textes plus complexes.

En mathématiques, plus d’un élève sur trois n’atteint pas le niveau attendu

La situation est également préoccupante en mathématiques. La France obtient 458 points en 2025, soit 16 points de moins qu’en 2022.

Seulement 64 % des adolescents français atteignent au moins le niveau 2, contre 65 % dans les pays de l’OCDE. Cela signifie que 36 % des élèves français se situent sous le seuil minimal, contre environ 29 % trois ans plus tôt.

Au niveau 2, un élève doit notamment être capable de reconnaître, sans recevoir toutes les instructions intermédiaires, comment une situation simple peut être représentée mathématiquement. Il peut, par exemple, comparer la distance totale de deux itinéraires ou convertir un prix dans une autre monnaie.

Là encore, être sous ce seuil ne signifie pas nécessairement ne savoir effectuer aucun calcul. Les exercices PISA évaluent la capacité à choisir une démarche, à utiliser les informations pertinentes et à appliquer un raisonnement mathématique dans une situation moins familière qu’un exercice scolaire classique.

La proportion d’élèves français très performants reste par ailleurs faible. Seuls 5 % atteignent les niveaux 5 ou 6, contre 8 % dans l’OCDE. Ces niveaux correspondent à la capacité de modéliser des situations complexes et de sélectionner, comparer ou évaluer plusieurs stratégies de résolution.

La baisse touche donc à la fois la maîtrise du socle minimal et la capacité à mobiliser des raisonnements plus avancés.

Des résultats plus stables en sciences, mais une tendance de fond fragile

Parce que les titres consacrés à PISA 2025 mettent largement en avant la lecture et les mathématiques, les sciences pourraient presque passer inaperçues. Elles constituent pourtant le domaine principal de cette édition.

La France obtient 483 points, soit un résultat très proche de la moyenne de l’OCDE, établie à 482 points. Environ 74 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2, exactement comme dans l’ensemble de l’OCDE. À ce niveau, un adolescent peut reconnaître l’explication correcte d’un phénomène scientifique familier et utiliser des données simples pour vérifier si une conclusion est valide.

La part des élèves français très performants en sciences atteint 7 %, là encore au niveau de la moyenne de l’OCDE.

Ces résultats sont plus stables que ceux observés en lecture et en mathématiques entre 2022 et 2025. Ils ne doivent toutefois pas être interprétés comme une progression. L’OCDE précise que les performances scientifiques françaises restent significativement inférieures à celles de 2015 et que la proportion d’élèves situés sous le niveau 2 a augmenté de quatre points en dix ans.

La France ne s’effondre donc pas dans toutes les disciplines au même rythme, mais aucune des trois grandes matières ne retrouve son niveau d’il y a une décennie.

Être dans la moyenne de l’OCDE n’a rien de rassurant si la moyenne baisse également

Dire que la France se trouve « dans la moyenne de l’OCDE » peut donner l’impression que la situation demeure acceptable. Cette formulation demande pourtant à être replacée dans son contexte.

Une moyenne n’est pas un seuil de réussite. Si les performances diminuent dans de nombreux pays en même temps, un pays peut conserver une position relativement similaire tout en obtenant des résultats beaucoup plus faibles qu’auparavant.

C’est précisément ce que raconte PISA 2025. La France ne se retrouve pas au dernier rang d’un classement mondial, mais elle participe à une baisse plus générale qui touche de nombreux systèmes éducatifs. Le fait que d’autres pays connaissent aussi des difficultés ne réduit pas les conséquences pour les adolescents concernés.

Par ailleurs, comparer uniquement les positions peut être trompeur. Les résultats sont issus d’échantillons et comportent une marge d’incertitude. Quelques points d’écart ne suffisent donc pas toujours à affirmer qu’un pays est réellement « meilleur » ou « moins bon » qu’un autre.

La question la plus utile n’est pas de savoir si la France a gagné ou perdu trois places, mais de déterminer combien d’élèves maîtrisent les compétences indispensables, comment cette proportion évolue et quelles catégories d’adolescents sont les plus exposées.

Le niveau moyen ne doit pas masquer le poids des inégalités sociales

La baisse générale constitue une première alerte. Les écarts liés à l’origine sociale en représentent une autre.

En compréhension de l’écrit, l’écart entre les élèves français appartenant au quart le plus favorisé et ceux appartenant au quart le plus défavorisé atteint 91 points, contre 77 points en moyenne dans l’OCDE. En mathématiques, cet écart s’élève à 95 points en France, contre 83 points dans l’OCDE.

Dans le domaine scientifique, qui fait l’objet des analyses les plus détaillées en 2025, les élèves français les plus favorisés dépassent les plus défavorisés de 100 points. Le statut économique, social et culturel explique 14 % des variations de performance scientifique en France, contre 12 % en moyenne dans l’OCDE.

Ces données ne signifient pas que le parcours d’un enfant serait déterminé à l’avance par son milieu familial. L’enquête montre d’ailleurs que 11 % des élèves français défavorisés parviennent à se classer dans le quart des élèves les plus performants en sciences dans leur pays. L’OCDE les qualifie d’élèves « résilients ».

Mais les chiffres indiquent que tous les adolescents ne disposent pas des mêmes probabilités de réussite. L’accès aux livres, aux activités culturelles, à un espace calme pour travailler, à du matériel, à une aide extérieure, à des informations sur l’orientation ou simplement à des adultes disponibles pour répondre aux questions peut varier fortement d’une famille à l’autre.

L’école ne crée pas à elle seule ces inégalités, mais elle ne parvient pas encore suffisamment à en limiter les effets.

Les écrans peuvent-ils expliquer la baisse ?

La tentation est grande de résumer les résultats en une phrase : « Les adolescents ne lisent plus parce qu’ils sont toujours sur leur téléphone. » La réalité est beaucoup plus complexe.

PISA 2025 fournit des informations intéressantes sur les usages numériques, mais ne démontre pas qu’un seul équipement ou qu’un nombre précis d’heures d’écran provoquerait directement la baisse des résultats.

En France, les adolescents déclarent utiliser des appareils numériques à l’école environ 1,1 heure par jour pour apprendre et 0,9 heure pour des activités de loisir. Environ 26 % indiquent que leurs camarades sont souvent distraits par les appareils numériques pendant la plupart ou la totalité des cours de sciences.

Après prise en compte du profil social des élèves et des établissements, ceux qui signalent cette distraction obtiennent en moyenne 24 points de moins en sciences que ceux qui n’en signalent pas. Il s’agit d’une association importante, mais pas d’une preuve de causalité : les difficultés scolaires, le climat de classe et les usages numériques peuvent s’influencer mutuellement.

L’intelligence artificielle fait également son entrée dans l’enquête. En France, 37 % des élèves déclarent utiliser au moins une fois par semaine un agent conversationnel fondé sur l’IA pour les aider à apprendre. Ils sont 29 % à l’utiliser pour commencer des recherches sur un nouveau sujet, 21 % pour résumer un texte et 23 % pour rédiger un devoir.

L’enjeu n’est donc plus seulement d’empêcher ou d’autoriser l’utilisation de ces outils. Il devient nécessaire d’apprendre aux adolescents à vérifier une information, à repérer une erreur, à comparer les sources et à conserver un véritable effort de compréhension.

Le Covid n’explique pas tout

Les adolescents évalués en 2025 avaient environ 10 ou 11 ans au début de la crise sanitaire. Leur scolarité a donc été marquée par les fermetures d’établissements, les périodes d’enseignement à distance, les absences, les ruptures de rythme et les conséquences psychologiques de la pandémie.

Il serait logique de penser que cet événement a joué un rôle dans les difficultés observées. L’OCDE invite néanmoins à éviter une explication trop simple. La durée des fermetures d’écoles ne suffit pas, à elle seule, à expliquer les écarts de trajectoire entre les pays. Certains systèmes ont mieux résisté que d’autres malgré des perturbations importantes.

Les résultats de 2022 avaient déjà révélé une baisse historique après la pandémie. Le fait que la lecture et les mathématiques reculent encore en 2025 montre que le problème ne peut plus être considéré comme une parenthèse qui se refermerait automatiquement avec le retour à une scolarité normale.

La crise sanitaire a pu amplifier des fragilités existantes, mais les réponses doivent désormais tenir compte de facteurs beaucoup plus larges : conditions d’enseignement, absentéisme, rapport aux apprentissages, pratiques de lecture, accompagnement des élèves fragiles, inégalités sociales et transformations numériques.

Des conditions d’apprentissage qui interrogent

Les questionnaires associés à PISA ne permettent pas d’établir une liste de causes certaines, mais ils apportent des éléments de contexte utiles.

En France, 45 % des élèves sont scolarisés dans un établissement dont le chef déclare que l’enseignement est entravé, au moins dans une certaine mesure, par un manque de personnel enseignant. Cette proportion est supérieure à la moyenne de l’OCDE, établie à 39 %, même si elle a diminué depuis 2022. Pour le manque de personnels d’accompagnement, la proportion française atteint 47 %, contre 39 % dans l’OCDE.

Les conditions matérielles sont également évoquées. Environ 20 % des élèves français fréquentent un établissement dans lequel le manque de matériel pédagogique est perçu comme un frein à l’enseignement, et 25 % un établissement concerné par des insuffisances d’infrastructures.

Le climat de classe constitue un autre point de vigilance. En sciences, 47 % des adolescents français indiquent que le bruit et le désordre perturbent la plupart ou la totalité des cours, contre 31 % dans l’OCDE. Environ 23 % déclarent ne pas pouvoir travailler correctement dans la majorité de ces cours, tandis que 37 % estiment que leurs camarades n’écoutent pas ce que dit l’enseignant.

Ces déclarations doivent être interprétées avec prudence, car elles reposent sur la perception des élèves et des chefs d’établissement. Elles montrent néanmoins que les performances scolaires ne peuvent pas être isolées des conditions concrètes dans lesquelles les apprentissages ont lieu.

Absentéisme, retards et rapport à l’école

Dans les deux semaines précédant l’évaluation, 18 % des élèves français déclarent avoir manqué au moins une journée entière de classe. Ils sont 27 % à avoir manqué au moins un cours et 54 % à être arrivés en retard au moins une fois.

L’absentéisme ne saurait expliquer à lui seul la baisse nationale, d’autant que certaines proportions françaises restent proches de celles de l’OCDE. Mais l’accumulation d’absences et de retards peut fragiliser la continuité des apprentissages, particulièrement chez les élèves qui rencontrent déjà des difficultés.

Le rapport que les adolescents entretiennent avec l’école mérite lui aussi d’être observé. En France, 26 % considèrent que l’école leur a fait perdre leur temps, contre 24 % en moyenne dans l’OCDE. Dans le même temps, 75 % se décrivent comme curieux de nombreuses choses et 81 % pensent que l’intelligence peut se développer grâce au travail, aux efforts et aux retours reçus.

Le tableau n’est donc pas celui d’une génération uniformément désintéressée ou résignée. Beaucoup d’adolescents restent curieux et croient en leur capacité à progresser. En revanche, seuls 33 % déclarent planifier souvent ou très souvent leur manière d’étudier. Moins d’un élève français sur deux se pose régulièrement des questions pour vérifier s’il a réellement compris ce qu’il apprend.

Ces compétences d’organisation, de planification et d’autoévaluation ne sont pas innées. Elles doivent être enseignées et accompagnées, particulièrement chez les adolescents rencontrant des difficultés attentionnelles, exécutives ou méthodologiques.

Faut-il mettre en cause les parents ?

PISA 2025 observe une diminution du soutien familial tel qu’il est perçu et déclaré par les adolescents dans la plupart des pays participants.

En France, 63 % des élèves indiquent que leurs parents ou responsables leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils ont fait à l’école, contre 74 % en 2022. Ils sont 34 % à discuter chaque semaine avec eux de leurs éventuels problèmes scolaires, contre 48 % trois ans auparavant.

Ces données ne doivent pas devenir un nouvel outil de culpabilisation des familles. Demander « Qu’as-tu fait à l’école ? » n’est pas une mesure parfaite de l’implication parentale. Les adolescents peuvent également répondre brièvement, ne pas percevoir certaines formes de soutien ou ne pas parler spontanément de leurs difficultés.

Les familles ne disposent pas toutes du même temps, de la même aisance face aux contenus scolaires ni des mêmes ressources. Certaines accompagnent énormément leur enfant sans que cela apparaisse dans ces deux questions.

L’intérêt de ces résultats est plutôt de rappeler que les conversations autour de l’école, des lectures, de l’actualité, des raisonnements ou des difficultés rencontrées participent à la construction des apprentissages. Elles peuvent être encouragées sans transformer chaque soirée en cours supplémentaire.

Que peuvent faire les parents sans recréer l’école à la maison ?

Face à de tels résultats, les parents peuvent avoir l’impression qu’ils devraient multiplier les exercices, acheter des cahiers supplémentaires ou surveiller davantage les notes. Pourtant, accompagner un enfant ou un adolescent ne signifie pas reproduire plusieurs heures d’enseignement après la classe.

En lecture, l’essentiel est de maintenir un contact régulier avec des textes suffisamment variés et adaptés à ses intérêts : romans, bandes dessinées, mangas, articles, documentaires, biographies, magazines, récits sportifs, textes pratiques ou ouvrages consacrés à une passion. Le meilleur support n’est pas toujours celui qui paraît le plus scolaire, mais celui qui donne réellement envie de comprendre et d’aller jusqu’au bout.

La discussion compte également. Demander à un adolescent ce qu’il a compris, ce qui l’a surpris, s’il partage l’avis de l’auteur ou si une information lui semble fiable mobilise des compétences de compréhension plus profondes qu’une simple récitation.

En mathématiques, les situations quotidiennes peuvent aider à donner du sens aux notions : comparer des prix, comprendre une réduction, adapter les quantités d’une recette, estimer une durée, lire un graphique, calculer une distance ou gérer un budget. Cela ne remplace pas l’enseignement, mais permet de montrer que le raisonnement mathématique ne se limite pas à une feuille d’exercices.

Surtout, une difficulté persistante ne doit pas être automatiquement interprétée comme un manque de travail. Un adolescent peut être freiné par un trouble des apprentissages, des difficultés attentionnelles, un manque de méthode, de l’anxiété, une faible estime de lui-même, une fatigue importante, un absentéisme subi ou des notions fondamentales insuffisamment consolidées.

Lorsque les difficultés durent, il est utile d’échanger avec l’équipe éducative afin d’observer précisément ce qui bloque, plutôt que de s’en tenir à la phrase : « Il pourrait faire mieux s’il travaillait davantage. »

Ce que PISA permet de dire… et ce que l’enquête ne dit pas

PISA offre une photographie très large des compétences des adolescents et permet de suivre leur évolution dans le temps. L’enquête met également en évidence des écarts entre pays, milieux sociaux et groupes d’élèves.

Elle ne permet cependant pas d’évaluer individuellement chaque adolescent français. Un enfant ayant de bonnes notes n’est pas nécessairement protégé contre toutes les difficultés de compréhension, de même qu’un élève en difficulté scolaire ne peut pas être résumé à un score national.

PISA ne désigne pas non plus une cause unique. L’étude ne prouve pas que la baisse serait directement provoquée par les écrans, les parents, les enseignants, les programmes, le Covid ou le manque de moyens. Elle montre plutôt que les apprentissages s’inscrivent dans un ensemble complexe de facteurs qui interagissent.

Enfin, les scores ne doivent pas être transformés mécaniquement en « années de retard ». Une variation de points renseigne sur l’évolution des performances dans le cadre de l’évaluation, mais elle ne correspond pas automatiquement à un nombre précis de mois ou d’années scolaires perdues.

Sortir du classement pour regarder les besoins réels

Les résultats de PISA 2025 ne racontent pas que la France serait « mauvaise » et que d’autres pays seraient simplement « meilleurs ». Ils montrent qu’à 15 ans, une proportion croissante d’adolescents ne maîtrise pas suffisamment certaines compétences indispensables pour poursuivre sereinement ses études, accéder à l’information et gagner en autonomie.

En lecture, un élève français sur trois reste sous le niveau minimal attendu. En mathématiques, cette proportion dépasse même un élève sur trois. Chez les garçons, près de quatre adolescents sur dix sont désormais en difficulté en compréhension de l’écrit.

Dans le même temps, les inégalités sociales restent fortes, les élèves très performants sont relativement peu nombreux et de nombreux adolescents décrivent des conditions de classe qui compliquent leur travail.

La France demeure proche de la moyenne de l’OCDE. Mais lorsque cette moyenne baisse et que les difficultés s’étendent, cette position ne peut pas servir de motif de satisfaction.

Le véritable enjeu n’est pas de remonter de quelques places dans un classement médiatique. Il est de permettre à chaque adolescent de comprendre un texte, d’exercer son esprit critique, de raisonner face à un problème et d’utiliser ses connaissances dans la vie réelle.

C’est précisément ce que PISA cherche à mesurer. Et c’est aussi ce que l’école, les politiques publiques et l’ensemble de la société doivent désormais parvenir à renforcer.

Article publié le 8 septembre 2026 à partir des premiers résultats de PISA 2025.

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